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Secoué, non agité!
par Mireille Dallaire

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Toutes les semaines, ou presque, je dépose mes cylindres à mon magasin de plongée favori et demande le nitrox optimal pour la plongée que je prévois faire pendant mes jours de congé. Je ne me pose pas trop de questions, tout ça me semble compliqué et surtout très dangereux! Tous ces gaz purs compressés dans des cylindres qui, dans mon imagination, menacent d’exploser à tout moment. Quelques jours plus tard, je récupère mes cylindres et analyse mon mélange qui, comme par magie, est exactement celui que j’avais demandé, à quelque dixième près. Qu’est-ce qui s’est passé pendant ce temps? Comment arrive-t-on à produire différents mélanges avec exactitude? Comment s’assure-t-on de la qualité des mélanges préparés?

Un mélange de gaz prédéterminé est obtenu par le mélange de gaz purs ou de mélanges gazeux. Plusieurs méthodes existent pour la préparation des nitrox ou EANx. Le choix d’une méthode par rapport à une autre dépend de plusieurs facteurs tels que : l’investissement initial, l’espace disponible, la stabilité de l’espace de remplissage (navire ou terre ferme), etc.

Le mélange par masse moléculaire

La masse moléculaire des gaz est prise en compte lors du mélange par masse moléculaire, plutôt que la pression. Un cylindre vide est placé sur une balance que l’on remet à zéro pour enlever le poids de celui-ci. L’oxygène est ensuite ajouté jusqu’au poids désiré, puis c’est au tour de l’air. La précision de la balance prime pour assurer la justesse du mélange.

Bien que la méthode soit précise et que le coût de l’équipement nécessaire relativement faible, plusieurs ajustements doivent être pris en compte lors d’un remplissage.

Premièrement, le poids du boyau relié au cylindre pour le remplissage ainsi que la force de torsion créée dans ce boyau lorsque le système est pressurisé modifie la lecture de la balance. Deuxièmement, il est difficile de séparer le poids du cylindre du poids des gaz lorsque ce dernier est à moitié plein. Pour contourner le problème, un registre détaillant le numéro de série du cylindre ainsi que son poids peut être rédigé. Une autre solution consiste à déterminer la pression du gaz résiduel ainsi que sa teneur en oxygène et en calculer la masse. Quoiqu’il en soit, le processus s’en trouve considérablement alourdi.

Le mélange par pressions partielles

Cette méthode découle directement de la loi de Dalton sur les pressions partielles qui stipule que la pression totale d’un mélange est égale à la somme des pressions partielles de tous les gaz qui le composent. Elle est de loin la plus couramment utilisée dans l’industrie puisqu’elle requiert un investissement initial minimal et quelle est relativement simple d’application. Un autre avantage de cette méthode est que l’équipement nécessaire se transporte facilement, permettant ainsi les expéditions dans des régions éloignées.

Puisque cette méthode implique l’utilisation d’oxygène pur ou de mélanges riches en oxygène, supérieurs à 40%, le système doit répondre aux critères d’entretien des systèmes d’oxygène et l’équipement utilisé doit être compatible à l’oxygène. Bien que les calculs de mélange par pressions partielles soient simples, la justesse du mélange dépend du soin apporté par le mélangeur à son travail.


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La température et la compressibilité variable des gaz imposent de nombreux ajustements où l’expérience de ce dernier se révèle être un atout précieux. Les étapes détaillées de cette méthode ainsi que les notions mathématiques sous-jacentes seront expliquées un peu plus loin dans cet article.

Le mélange automatique

Cette méthode repose sur les mêmes principes que le mélange par pressions partielles à la différence que le processus est entièrement automatisé. Le mélangeur saisi les spécifications du mélange désiré sur un panneau de contrôle et le système asservi par un microprocesseur prend la relève et complète le mélange. Cette méthode assure une extrême justesse du mélange pour deux raisons : D’une part, l’élimination du facteur humain réduit les erreurs causées par les manipulations des valves et des manomètres. D’autre part, un modèle thermodynamique est intégré au système permettant les ajustements pour les variations de température et les facteurs de compressibilité des gaz. Enfin, une alarme audio-visuelle annonce que le mélange est terminé et que l’utilisateur doit analyser son mélange. Les coûts d’opérations sont minimaux puisque le système est autonome et ne nécessite pas l’intervention humaine.

La méthode par mélange continu

La principale caractéristique de cette méthode, est que le mélange a lieu à la pression atmosphérique. Un analyseur lit ensuite la concentration en oxygène du mélange avant de le compresser dans une banque ou des cylindres. Les mélanges sont généralement restreints à 40% de concentration d’oxygène même si la méthode permet des mélanges plus riches.

Grâce à l’homogénéité du mélange, ce système à haut volume rend possible le remplissage simultané de banques de nitrox et de cylindres, comme s’il s’agissait d’air.

Cependant, l’investissement initial ainsi que les coûts d’opération sont très élevés en plus d’être un long processus fastidieux.

La méthode de séparation par perméabilité différentielle

Cette méthode se base sur le principe de perméabilité sélective pour séparer les gaz. Chaque gaz a sa propre perméabilité qui lui permet de se dissoudre et se diffuser à travers une membrane à un taux plus ou moins élevé. Ce taux permettra aux gaz rapides de se séparer des gaz lents.

L’air pressurisé alimente une cartouche composée de groupes de membranes semi-perméables formées de petites fibres vides en polymère. Au moment où l’air passe à travers les fibres, l’oxygène, un gaz rapide donc davantage perméable, passe à travers la membrane. L’air riche en oxygène est recueilli sur le côté de la cartouche alors que l’air riche en azote sort par l’extrémité aval de cette dernière. Bien qu’il existe plusieurs méthodes, le débit à la sortie d’azote contrôle généralement la concentration en oxygène du nitrox.

L’avantage principal de cette méthode est qu’elle ne nécessite pas d’oxygène pur, puisque que rôle de la cartouche-membrane est d’enlever l’azote de l’air pour produire le nitrox. Elle peut donc être utilisée à des endroits où l’approvisionnement en oxygène pur est limité, voir impossible. Toutefois, le nitrox est limité à 40% de concentration d’oxygène et les coûts de l’investissement initial sont élevés.

La méthode par achat direct des mélanges

Bien que cette méthode semble simple puisqu’elle consiste à acheter le nitrox directement du fournisseur, elle comprend quelques désavantages. Premièrement, l’utilisateur est limité à une concentration fixe en oxygène, soit 32% ou 36%.


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Deuxièmement, elle nécessite l’emploi d’un surpresseur puisqu’après quelques remplissages la pression de la cascade chutera sous les 2500 psi, ce qui n’est pas suffisant pour remplir les cylindres. Troisièmement, ces mélanges sont dispendieux. Enfin, si un cylindre comprend un gaz résiduel différent de celui de la cascade, il devra être purgé avant le nouveau remplissage, ce qui représente un gaspillage de gaz coûteux.

Le mélange par pressions partielles -
Calculs et méthodologies

Il y a deux façons de fabriquer un nitrox par mélange par pressions partielles :

  • L’utilisation d’une formule simple;
  • l’utilisation de tables.

Voici la formule utilisée pour le calcul.

ΔPO2 = PF * (MF - MSA) – PI * (MI - MSA)
                            (MSO - MSA)

Il faut noter que cette formule ne tient pas compte des effets de la température, ni de la compressibilité des gaz.

ΔPO2
PI
PF
MI
MF
MSA
 
MSO
Pression de mélange riche à ajouter.
Pression résiduelle dans le cylindre.
Pression requise dans le mélange final.
Fraction d’O2 du gaz résiduel dans le cylindre.
Fraction d’O2 désirée dans le mélange final.
Fraction d’O2 dans le mélange pauvre en oxygène. Généralement c’est de l’air.
Fraction d’O2 dans le mélange riche en oxygène. Généralement d’est 100% d’O2.

L’exemple suivant illustre bien l’utilisation de cette formule ainsi que toutes les étapes à suivre pour la préparation du nitrox. Le gaz résiduel de notre cylindre est un EAN 32 à 1000 psi de pression. Il s’agit d’un cylindre en aluminium qui a une pression maximale de 3000 psi et le plongeur désire un EAN 36 pour sa prochaine plongée. La station de remplissage de la boutique de plongée a une réserve d’air et une d’oxygène.

1) Analyser le gaz résiduel dans le cylindre. Il s’agit d’un EAN 32 et la pression résiduelle est de 1000 psi.

2) Effectuer les calculs afin de trouver la pression à atteindre lors de l’ajout de l’oxygène et noter les résultats.
 
ΔPO2 = PF * (MF - 0.21) – PI * (MI – 0.21)
                                  0.79
ΔPO2 = 3000 * (0.36 - 0.21) – 1000 * (0.32 – 0.21)
                                        0.79
ΔPO2 = 430 psi

3) Remplir le cylindre avec de l’oxygène jusqu’à ce que la pression calculée précédemment soit atteinte. La lecture du manomètre est alors de 1,430 psi, soit la pression initiale dans le cylindre de 1000 psi plus l’ajout de l’oxygène de 430 psi.

4) Laisser reposer quelques minutes afin que le mélange puisse refroidir.

5) Remplir le cylindre d’air jusqu’à ce que la pression maximale du cylindre soit atteinte. La lecture du manomètre est alors de 3,000 psi.

6) Analyser le mélange. La lecture est de 0.36.


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Il existe cependant des tables qui permettent de contourner la phase de calcul. Reprenons le même exemple que précédemment et voyons les étapes à suivre pour la préparation du nitrox.

1) Analyser le gaz résiduel dans le cylindre. Il s’agit d’un EAN 32 et la pression est de 1000 psi.

2) Pour le gaz résiduel, trouver dans la table le chiffre se trouvant à l’intersection de la concentration du mélange (32%) et de la pression (1000 psi). On note 139 psi.

3) Répéter l’étape précédente en utilisant les données du mélange désiré, soit une concentration de 36% à 3000 psi. On note 570 psi.

4) Soustraire le résultat obtenu en 2) du résultat obtenu en 3). Il s’agit alors de la quantité d’oxygène, exprimée en psi, qui doit être ajoutée au gaz initial pour obtenir le nitrox visé, soit 429 psi.

5) Remplir le cylindre avec de l’oxygène jusqu’à ce que la pression calculée précédemment soit atteinte. La lecture du manomètre est alors de 1,429 psi, soit la pression initiale dans le cylindre de 1,000 psi plus l’ajout de l’oxygène de 429 psi.

6) Laisser reposer quelques minutes afin que le mélange refroidisse.

7) Remplir le cylindre avec de l’air jusqu’à ce que la pression désirée du cylindre soit atteinte. La lecture du manomètre est alors de 3,000 psi.

8) Laisser reposer afin que le mélange refroidisse.

9) Analyser le mélange. La lecture est de 0.36.

Extrapolation linéaire

En observant une table de mélange nitrox, on voit que la pression de gaz en abscisse augmente à tous les 100 ou 200 psi et que le pourcentage d’oxygène en ordonnée augmente de 2%. Il est rarissime qu’un cylindre arrive à la station de remplissage avec une pression et une concentration à ce point précise. L’extrapolation linéaire est alors utilisée pour déterminer quelle quantité d’oxygène doit être ajoutée pour obtenir le nitrox désiré. Une formule mathématique existe pour calculer exactement la quantité requise, cependant l’expérience du mélangeur permet d’estimer rapidement le résultat et d’arriver à un mélange suffisamment précis pour satisfaire l’utilisateur.

Le trimix

Les difficultés rencontrées lors de la préparation d’un mélange trimix sont attribuables à la nature et la structure atomique de l’hélium. D’abord, l’hélium est un gaz inerte difficile à analyser. Ensuite, ses caractéristiques diffèrent tellement de celles de l’oxygène et de l’azote qu’il est difficile d’effectuer précisément les différents calculs. Finalement, la justesse du mélange est d’autant plus important que la profondeur à laquelle ce mélange sera utilisé sera grande.

À la base, les calculs utilisés pour trouver les quantités de gaz à ajouter au mélange sont aussi simples que ceux du nitrox, tels qu’expliqués précédemment. Les mélanges trimix nécessitent un remplissage plus lent et quelques fois un mélangeur plus expérimenté pour pallier la différence comportementale de ce gaz par rapport aux autres.


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Les logiciels de planification de plongée comprennent souvent un sous-programme permettant de calculer les pressions des gaz à être ajoutés. C’est une méthode rapide qui réduit considérablement les erreurs causées par des calculs manuels aussi simple soient-ils. Voici les formules utilisées pour ces calculs :

ΔPHe
ΔPair
ΔPO2
MIHe
MIO2
MIN2
PI
MFO2
MFHe
MFN2
PF
Pression d’hélium à ajouter.
Pression d’air à ajouter.
Pression d’oxygène à ajouter.
Fraction d’hélium du gaz résiduel dans le cylindre.
Fraction d’oxygène du gaz résiduel dans le cylindre.
Fraction d’azote du gaz résiduel dans le cylindre.
Pression résiduelle dans le cylindre.
Fraction d’oxygène désirée dans le mélange désiré.
Fraction d’hélium désirée dans le mélange désiré.
Fraction d’azote désirée dans le mélange désiré.
Pression requise dans le mélange final.

ΔPHe = PF * MFHe – PI * MIHe

ΔPAir = PF * MFN2 – PI * MIN2
                          0.79

ΔPO2 = PF (MFO2 - 0.21 * MFN2) – (MIO2 - 0.21 * MIN2)
                                    0.79                                  0.79

1) Analyser le gaz résiduel dans le cylindre.

2) Effectuer les calculs afin de trouver la pression à atteindre en utilisant les formules ci-dessus ou à l’aide d’un logiciel.

3) Commencer le remplissage avec la cascade ayant la plus faible pression jusqu'à ce que la pression désirée soit atteinte.

Si possible, commencer avec l’hélium parce que ce gaz est très dispendieux et qu'une meilleure utilisation de ce gaz est rentable.

4) Laisser reposer quelques minutes afin que le mélange puisse refroidir. Avant d’ajouter un deuxième gaz, toujours analyser la concentration en oxygène et s’assurer qu’elle correspond à la concentration visée.

5) Ajouter le deuxième gaz, laisser reposer puis analyser.

6) Ajouter le troisième gaz si nécessaire et laisser reposer.

8) Analyser le mélange.

L’analyse des gaz

L’analyse révèle quelques fois un mélange fort différent de celui désiré au départ. Pourquoi en est-il ainsi? En réalité, plusieurs facteurs agissent sur la composition finale d’un mélange :

  • La température;
  • Les facteurs de compressibilité des gaz;
  • La lecture des manomètres, soit par défectuosité de l’équipement soit par le manque de soin;
  • Les erreurs dans les calculs de pression finale ou dans la lecture des tables;
  • L’analyse erronée du gaz résiduel dans le cylindre.

L’accumulation d’expérience est probablement le meilleur moyen pour arriver à la justesse du mélange lorsque sa préparation nécessite plusieurs opérations manuelles, comme c’est le cas pour le mélange par pressions partielles.


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Le transfert de cette expérience est très difficile à réaliser et l’apprentissage de l’art du mélange des gaz s’acquière surtout par essais et erreurs.

Voici un petit questionnaire qui permettra de tester vos connaissances sur le mélange des gaz. C’est très simple, vrai, faux ou sans réponse. Envoyez-nous vos réponses et nous publierons les statistiques, et les bonnes réponses, bien sur!

1. Après les remplissages (spécialement au Trimix), il est nécessaire de rouler et brasser le cylindre afin d’obtenir un mélange homogène. vrai, faux ou sans réponse

2. Un remplissage d’oxygène ne devrait jamais dépasser 60 psi/min. et un remplissage d’air ne devrait jamais dépasser 700 psi/min. vrai, faux ou sans réponse

3. Pour les mélanges supérieurs à 40%, un nettoyage pour fin d’oxygène est requis. vrai, faux ou sans réponse

4. La méthode de remplissage par pression partielle est la moins dispendieuse, mais la plus dangereuse. vrai, faux ou sans réponse

5. Les mélanges par la masse moléculaire donnent un mélange très juste, mais c’est une méthode peu commune de remplissage. vrai, faux ou sans réponse

Références:
The Technical Guide to Gas Blending, Raftis, Nicos, Best Publishing Company, Diversification Series, 2000.
Blending and Partial Pressure Methods of Mixing Nitrox, Rutkowski, Dick, International Association of Nitrox and Technical Divers, Fl, 1994.
U.S. Navy Diving Manual, Volume 3, Mixed-Gas Surface-Supplied Diving Operations.
 M.D.


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