La plongée sous-marine est une activité
à risque faisant intervenir l'utilisation d'équipement de pointe nécessaire
au soutien des fonctions vitales. Une formation appropriée auprès d'une agence de certification
reconnue devrait être suivie par quiconque désire pratiquer cette activité.
Mise en garde
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| Une entrevue réalisée par Mireille Dallaire
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Ce pionnier de la plongée
caverne a à son crédit la découverte de plusieurs
systèmes de caverne aux Bahamas, Belize, Mexique et aux États-Unis. Il est récipiendaire de nombreux
prix et récompenses qui soulignent les exploits accomplis au cours de sa
carrière. Mais, le plus
surprenant, c’est qu’il est un « p’tit
gars » de Sherbrooke! Et
oui, malgré le fait qu’il ait déménagé aux
États-Unis il y a de nombreuses années, il parle toujours
très bien le français.
DécomPresse : Comment avez-vous commencé à plonger?
Paul Heinerth: J’étais déjà en Floride
depuis quelques temps et un après-midi, après
l’école, mon ami Frank m’a invité à essayer la
plongée sous-marine dans la piscine familiale. Avec toute l’autorité
conférée à un gosse de 15 ans, j’ai accepté
l’invitation. Je ne me
souviens plus de la durée de la plongée, une heure
peut-être, à respirer dans ce détendeur à doubles tuyaux. J’étais
étonné de voir que le temps pour retenir ma respiration
n’avait plus d’importance, je pouvais demeurer sous l’eau
très longtemps. Je suis retourné chez cet ami à quelques reprises pour renouveler
l’expérience. Je me
serais certainement inscrit à un cours de plongée dès le
lendemain, mais mes parents refusèrent de m’accorder
l’autorisation nécessaire pour l’inscription. Malgré cela, trois ans plus
tard, un ami, Jeff Cavanaugh, m’a demandé si je savais plonger.
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Toute suite j’ai répondu
par l’affirmative et nous sommes partis pour « Cristal
River ». Ni un ni
l’autre n’étions alors certifiés et c’est avec
la carte de son père que nous avons loué
l’équipement nécessaire. Cet équipement était muni
d’une valve « J » avec une réserve. Mon ami m’a brièvement
expliqué que lorsqu’il serait difficile de respirer, je
n’aurais qu’à tirer sur la tige métallique pour
ouvrir la réserve d’air qui me permettrait de remonter à la
surface. Je savais
déjà comment vider mon masque et équilibrer mes oreilles.
Jeff m’a conseillé d’attendre
un peu à la surface le temps qu’il aille voir ce
que ça avait l’air! Comme
ça ne me semblait pas trop compliqué et j’ai
décidé de le suivre immédiatement dans « King
Spring ». Environ une
heure plus tard, après avoir exploré toutes les fissures, failles et
trous de la caverne, j’ai commencé à avoir de la
difficulté à respirer. J’ai tiré sur la tige, mais la valve était
déjà ouverte. Probablement que cela s’est produit au cours de ma visite lorsque
la valve frottait aux parois et plafond de la caverne. Je me suis dit : « Oh,
merde..., Sacrebleu» et j’ai signalé à mon
copain que je manquais d’air. Bien qu’il m’ait toute suite offert son détenteur, je
l’ai refusé et j’ai palmé rapidement vers
surface. Je pense que ce qui
m’a sauvé de l’accident de décompression c’est
qu’étant jeune gamin, je m’amusais à faire des bulles
avec mon nez en remontant dans notre piscine à Sherbrooke.
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Pour une
raison obscure, je croyais que je remontais plus vite, comme une
fusée! Heureusement,
je n’avais pas perdu cette habitude. À mon 19e
anniversaire, lorsque l’autorisation parentale n’était plus
obligatoire, je me suis inscrit à un cours et j’ai commencé
à plonger.
DP: Qu’est-ce qui vous a amené à faire la plongée
caverne?
P.H.: Après ma certification,
j’ai décidé de plonger le golfe du Mexique à partir
d’un charter. C’était l’automne et les eaux tumultueuses de la
saison m’ont donné le mal de mer. J’ai alors décidé de
chercher des sites qu’il serait possible de plonger à partir du
bord. Avec ma fidèle camionnette
VW 1966, véhicule idéal pour la plongée, j’ai
commencé à fréquenter des sites comme : Weekie Wachie,
Edward’s sink (aussi connu sous le nom de Hudson Grotto), Eagle’s
Nest et tous les autres étangs, lacs et puits naturels que je pouvais
trouver. Comme les puits naturels
ont généralement des cavernes, c’est ainsi que j’ai
commencé, c’était en 1971.
D’ailleurs, je me souviens
très bien de ma première plongée caverne, la
première vraie « full cave ». Je plongeais avec un type d’origine
italienne appelé Joe, de Long Island, et comme d’habitude nous
plongions un puits naturel, c’était un nouveau site et je me suis
vite rendu compte qu’il y avait un passage. Je voulais aller voir un peu. J’ai regardé
l’entrée de la caverne caractérisée par une grosse
roche étrange qui sortait du mur. Puis, j’ai commencé la pénétration, mon
copain me suivait de près. Nous ne sommes pas allés bien
loin, mais au moment où nous avons fait demi-tour, il était
impossible de voir quoi que ce soit tellement nous avions remué le sable
et la glaise. Nous n’avions alors
aucune technique de palmage et aucune idée par où sortir. Je me suis donc mis à tâter
les parois de la caverne à la recherche d’une issue. Tout d’un coup, j’ai reconnu
cette grosse roche étrange et j’ai compris que la sortie se
trouvait droit devant! Surprenant,
ce qu’on voyait très bien quelques minutes plus tôt
s’était transformé en un nuage opaque et dense de
particules en suspension. J’ai palmé le plus vite possible en
direction de ce que je pensais être la sortie. Je ne voyais absolument rien! Soudain, je suis brusquement entré en
pleine figure dans le gazon, nous étions enfin en eau libre. C’était comme ça
dans le temps.
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Plus nous plongions,
plus nous acquérions de l’expérience. Les cours d'aujourd’hui offerts par
les diverses agences de certification n’existaient tout simplement pas à cette époque. Ce jour-là, j’ai appris
tous les principes de base de la plongée caverne(1). J’ai aussi compris
l’importance de bien regarder, d’observer les lieux. C’est parce que j’avais
remarqué cette roche que je suis toujours en vie.
DP: Pourriez-vous nous résumer votre carrière?
P.H.: J’ai commencé à
travailler en plongée suite à une série
d’événements. Il faut remonter à l’époque du « junior
college », qui serait l’équivalent des cégeps
québécois. Quelques
jeunes avaient décidé de former un club de plongée
sous-marine et j’y ai pris part. Dès la première réunion j’ai rencontré
plusieurs personnes telles que Steve Gerrard, Sheck Exley, Dave Fisk et Éric Sandburg.
C'était au « St.Petersburg Junior College » que j’ai obtenu mon premier travail en plongée sous-marine en 1972.
Steve Gerrard était à la fois secrétaire du club et étudiant de Don Gunman, un instructeur de
plongée au SPJC. C’est par l’entremise de Sheck que j’ai contacté Don, et que je suis devenu son assistant-instructeur.
Steve a été un de mes premiers étudiants. Je gagnais 1.10$ et heure et je croyais que j’étais riche.
Je me suis mis à plonger les
cavernes de plus en plus en compagnie d’Éric Sandburg qui
était mon principal « buddy ». Pendant cette période j’ai
rencontré énormément de gens. Nous organisions des sorties à
« Peacock » et
« Ginnie Spring ». Nous fabriquions même notre propre
équipement de plongée. Le père d’Éric était machiniste et nous
avions accès aux outils nécessaires pour nos projets. Nous aurions pu acheter des lampes directement
de Dave Fisk, mais elles étaient trop dispendieuses.
(1): Il existe des principes de base en plongée caverne
qui doivent être respectés pour toutes les plongées:
Formation - Tout
plongeur voulant aller en caverne doit suivre une formation.
Fil d'arianne - Une corde doit en permanence relier le plongeur à la
sortie.
Air - Respecter la règle des tiers.
Profondeur - Ne jamais aller au-delà de ses limites de compétences.
Plusieurs agences de formation ajoutent de ne jamais plonger seul
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L’année 1973 marqua ma première
découverte majeure le système Twin Dee’s. Deux amis plongeurs, Dean Valentine et
Dutch Vandenoord s’étaient noyés en plongeant Tarpon Spring peu de temps
avant cette découverte et c’est en leur mémoire que
j’ai nommé la caverne. Je me souviens même que Dean et moi avions cherché ce site
parce qu‘on racontait qu’il s’y trouvait une source et
qu’il devait y avoir une caverne. Nous n’avions alors rien trouvé.
Je plongeais, je travaillais et
j’étudiais. J’ai
complété mon baccalauréat en journalisme en décembre 1976. J’ai ensuite entrepris une
maîtrise en langue française dans l’espoir de pourvoir l’enseigner
dans les écoles du coin. J’étais, typiquement, un jeune qui se cherche. Quelques mois plus tard, j’ai
décidé que s’en était fini de l’école. Chuck Hettel, un ancien militaire,
opérait une minuscule école de plongée dans son garage. Il avait besoin d’un instructeur
et m’a offert d’aller travailler pour lui. J’ai donc complété
mes cours pour devenir instructeur et j’obtins en échange un
maigre salaire et pension. Je ramassais de l’argent pour financer la réalisation de
films documentaires sous-marins, rêve que je caressais depuis
l’université.
Dès la fin des années 70 et
jusqu’en 1990 j’étais membre de la première
équipe formée pour l’exploration du système
Diepolder. C’est aussi en 1977 que
j’ai rencontré Shannon, ma première épouse. Je lui ai enseigné la
plongée caverne et elle a remplacé Éric Sandburg qui s’était
marié avec ma sœur Susane et avait accroché ses palmes. Chuck passait ses hivers au Belize et
j’opérais l'école de plongée Scuba West de New Port Richey. Un de mes étudiants
à l’époque était le désormais célèbre Richie Kohler de "Shadow Divers".
Il n’avait que 16 ans et est devenu plongeur en eaux libres avec son ami Don Davidson.
DP: N’avez-vous pas déjà travaillé au Belize?
P.H.: Mon premier voyage au Belize remonte
à l’hiver 1979. Je
travaillais dans un magasin sur une île qui s’appelle
« Caye Caulker ». Des pêcheurs de l'île m’avaient parlé d’un site
où il semblait y avoir un passage. Un soir, après le travail, j’ai
décidé de profiter des quelques heures d’ensoleillement
qui restaient pour y aller jeter un coup d’œil.
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J’ai pris mes palmes, mon masque
et mon tuba et je me suis rendu au fin fond de l’île.
Une fois dans l'eau j’ai vu, aux environs de 30 pieds, qu’il
y avait effectivement un grand trou partiellement bloqué par une immense
roche qui était tombée de la falaise. De ce trou, un courant allait et venait et
il y avait un mouvement d’eau qui ressemblait à de la turbulence,
il devait s’y trouver quelque chose. Plusieurs cordes étaient attachées à la roche,
comme si quelqu’un avait essayé de la bouger. Quelques jours plus tard, j’y suis
retourné avec de la corde et des barils et j’ai réussi
à déplacer cette roche. Derrière elle se trouvait l’entrée d’une
caverne, malheureusement, je n’étais équipé que
d’un seul cylindre et suis donc retourné à la surface.
Je n’avais pas facilement
accès à l’équipement adapté à la
plongée caverne. J’ai
dû me creuser la tête pour finalement réussir à assembler deux cylindres de
72 pi/cu. Enfin, j’étais prêt!
Arrivé sur le site, je me suis tranquillement glissé dans
l’étroit passage qui débouchait à une chambre
magnifiquement décorée de stalagmites et de stalactites. J’en ai presque
échappé mon détendeur tellement c’était
beau! Elle était immense et
l’eau si limpide, je pouvais voir aussi loin que ma lampe
éclairait. J’avais
découvert la « Giant Cave ».
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DP: Qu’avez-vous fait lorsque vous êtes revenu aux États-Unis?
P.H.: À mon retour deux nouveaux magasins
de plongée nous faisaient compétition. J’avais devant moi deux
possibilités : Soit je retournais travailler au Belize à
temps plein ou, avec mon ami Steve Gerrard, j’ouvrais un véritable
magasin de plongée. J’ai opté pour le deuxième choix. Chuck, Steve et moi étions
partenaires et nous avons déménagé Scuba West de New Port Richey vers Hudson le 1er
octobre 1979. Chuck passait entièrement sont temps au Belize, Steve en Floride et je faisais la
navette entre les deux. Chuck s’est finalement retiré complètement de la Floride.
Je travaillais au Belize pendant l’hiver 1982, lorsqu’un cylindre a explosé au magasin de
Hudson (Floride). C’était le 17 avril 1982 à 11h10.
Steve et Shannon étaient sur place. Steve a été grièvement blessé et
heureusement Shannon avait été épargnée. C’est elle qui a appelé
l’ambulance et stabilisé l’hémorragie en attendant
les secours. "It was a bit of a mess for that day". La convalescence de Steve a
duré plusieurs semaines pendant lesquelles il a eu le temps de
réfléchir et de décider qu’il était temps pour
lui de se retirer du magasin.
DP: Savez-vous pourquoi le cylindre a explosé?
P.H.: Un incident semblable s’est
produit dans un autre magasin du coin quelques jours plus tard. Les gars qui étaient sur place
ont eu moins de chance et l’un d’entre eux a perdu deux jambes. Les policiers ont mené une
enquête et se sont rendu compte que les cylindres provenaient du
même propriétaire. Ils
ont également découvert qu’ils avaient été
peints avec une peinture qu’il fallait mettre au four pour obtenir un
fini uniforme et lustré. L’industrie de l’automobile utilise une technique semblable pour
peinturer les pièces des véhicules. La chaleur dégagée au
cours du procédé a provoqué un changement dans la
structure moléculaire de l’aluminium affaiblissant le cylindre; ce n’était plus un
contenant à haute pression.
DP: Qu’avez-vous fait ensuite?
P.H.: Suite à une conférence
de la NSS-CDS sur le « Giant Cave » que Shannon et moi-même avons
présenté en 1981, Sheck Exley a remarqué que le
système méritait d’être exploré
davantage.
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En février 1982, sous la bannière de l’«Explorers' Club»,
nous avons organisé une expédition pour en connaître un peu plus sur ce
système. Shannon et moi
avions levé entre 2000 et 3000 pieds de passages lorsque le reste de
l’équipe est arrivé. Avec Sheck, Mary Ellen Eckoff, Bill et Sandy Fehring, nous avons
cartographié plus de 8000
pieds de passages et ce en seulement une semaine!
Le mois suivant, notre ami Jeff Rusk
est descendu pour ses vacances et nous avons voyagé de l’île
de « Caye Caulker » jusqu’au « Blue
Hole » près de Belmopan, la capitale.
Avec l’aide d’amis nous
avons apporté trois équipements au bas d’escaliers
interminables qui s'étendaient de la route jusqu’à
l’eau. Il s’agissait en
effet d’un « Blue Hole » avec un important écoulement.
Nous ne savions pas à quoi
nous attendre et avons, conséquemment, laissé beaucoup de
latitude à notre plan de plongée. La pénétration fut de 300 pieds à une
profondeur maximale de 23 pieds. Nous
avons fait surface dans un siphon et enlevé notre équipement pour
explorer les environs en prenant soit de noter tous les détails et les
chutes d’eau qui sortaient des murs longeant le lit de la rivière souterraine.
Le jour suivant, au cours
d’une visite au centre d’archéologie dans un
édifice gouvernemental de Belmopan, j’ai étudié une
carte de la caverne « St-Herman » et j’ai vite
réalisé que nous avions fait surface dans le dernier siphon de ce
qui avait été cartographié jusqu’ici. La connexion entre le « Blue
Hole » et la caverne de « St-Herman »
était officiellement établie!
En 1983, nous avons
déménagé Scuba West dans un plus grand emplacement. La famille de Shannon avait une
entreprise et nous avons eu l’opportunité d’agrandir le
magasin. Nous offrions tous les
services que procure généralement un « dive
shop » : Formation, vente et réparation
d’équipement, organisation de voyages de plongée, les
affaires étaient « full swing ». Joe, mon fils, est né en 1984, ce furent
des années exceptionnelles. Dans les années 1980 nous
faisions beaucoup de plongées profondes à l’air. Nous ne connaissions rien des
plongées avec gaz. C’est grâce à cette expérience qu'il m’a été
permis de participer au premier projet Wakulla menée par Dr Bill Stone
en 1987. Il avait besoin de
plongeurs avec beaucoup d’expérience en plongée profonde et
j’ai appliqué!
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Quelques temps plus tard, Bill
m’a appelé, je faisais
partie du projet pour une durée de trois mois. L’objectif était de tester
le recycleur MK-1 de Bill et aussi d’explorer et cartographier le
système de Wakulla et de trouver l’alimentation d’eau du
système. C’était la
première fois qu’on utilisait des mélanges gazeux pour
l’exploration des cavernes. C’était la première fois aussi qu’on utilisait
des véhicules de propulsion (DPV ou scooters) et des cylindres
d’appoint (stages). Nous avions
même un abri de caoutchouc alimenté par la surface pour les
derniers paliers de décompression. Ce projet fut la naissance officielle de la plongée technique.
J’étais avec Wes Skiles
et Tom Morris pour la dernière plongée du projet. Nous avons vidé tous nos
moulinets pour atteindre une distance de 4200 pieds, dont 2000 de nouveau tunnel, à une profondeur maximale
de 301 pieds. Au retour, nous avons
relevé ce que nous avions exploré. Nous avions fait un record de plongée
et il a fallu attendre le milieu des années 1990 pour qu'il soit brisé.
J’ai aussi aidé Sheck
Exley à établir sa plongée record en 1989 dans Mante, un
site près de Tampico au Mexique. J’étais alors un plongeur de soutien et mon rôle
consistait à aller installer des cylindres sur la ligne. Ma profondeur maximale atteinte a
été de 430 pieds, et je plongeais avec des mélanges bien
entendu.
En 1994, Bill Stone a conçu le recycleur
CIS-Lunar Mk-4, et j’ai commencé un entraînement sur
cette unité. J’ai
enregistré beaucoup, beaucoup d’heures de plongée à
pratiquer les différents exercices et manipulations inhérents
à la plongée en recycleur. Je me souviens, lors d’une
plongée test, quelque chose
n’allait pas.
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Je n’aurais pas su exactement dire quoi, mais j’éprouvais la
sensation étrange d’avoir la tête légère. J’ai immédiatement
passé de circuit fermé à circuit ouvert et terminé
ma plongée. La valve qui
alimentait le recycleur en oxygène s’était fermée et
ce qui j’avais ressentis étaient les symptômes de
l’hypoxie. Toujours est-il que quelques jours
plus tard, en testant le Mk-4, j’ai éprouvé des spasmes
dans une jambe. Je ne savais pas
trop ce que
c’était. J’avais,
comme tout le monde, entendu parler des spasmes dans le visage qui surviennent lorsqu’un
plongeur est en situation d’hyperoxie, mais là,
c’était dans une jambe. Une des prémisses de base en recycleur stipule qu’en cas de
doute, il faut passer en circuit ouvert et c’est exactement ce que
j’ai fait. Plus tard, en inspectant
l’unité, nous avons réalisé qu’il y avait un
problème de calibrage et que le mélange que je respirais
était en effet trop riche.
DP: Vous étiez en quelque sorte l’équivalent d’un pilote
d’essai. Qu’est-il arrivé ensuite?
P.H.: En 1994, Bill Stone et Barbara Ende sont allés
au centre du Mexique pour une expédition majeure dans le système
de Huautla. Ils ont d’ailleurs
publié un livre qui raconte toute l’histoire, Beyond the Deep. Bill
était convaincu, et il l’est toujours aujourd’hui,
qu’il est possible de connecter le système de Huautla avec un
autre système du coin. Nous
sommes donc retournés là-bas en 1995, avec une expédition
du «US Deep Caving Team» appelée Rio Tuerto pour tenter
d’établir ce lien. Nous
avons exploré plusieurs sources dans la vallée et avons
découvert de nombreuses cavernes, dont une avec des chutes! Mais nous n’avons jamais
été en mesure
d’établir le lien qui aurait fait de Huautla le système ayant
la plus grande dénivellation au monde.
DP: Vous avez donc passé beaucoup de temps au Mexique!
P.H.: Oui et j’y suis d’ailleurs
retourné l’année suivante pour un nouveau projet,
l’expédition de caverne «Ejido
Jacinto Pat». Steve Gerrard,
Jill Rabjohn et Buddy Quattelbaum étaient à la tête de
l’expédition qui a duré quelques semaines.
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Nous avions comme objectif
d’explorer le système Dos Ojos dans l’état de Quintana
Roo au Yucatan. L’équipe, composée d’une trentaine de
plongeurs en caverne originaires de plusieurs pays, a relevé 40,000 pieds de passages sous-marins et établi
de nombreuses connections. Dos Ojos s’est classé deuxième
système en importance derrière Nohoch Nah Chich. Une expédition de
cette envergure n’a été réalisée qu’une
seule fois dans l’histoire. Tous essayaient de connecter les systèmes Dos Ojos et Nohoch.
Ça fait 10 ans qu’on essaye et il n'y a pas encore de connexion faite à ce jour.
J’ai aussi passé un peu
de temps dans les Bahamas avec mon ami et excellent plongeur Brian Kakuk. D’ailleurs, je me rappelle l’expédition
appelée « Conch Sound Blue Hole », qui fut un
rapide voyage à l’île Andros. À l’aide d’une maigre
commandite, j’ai fait l’acquisition de deux
« Aquazepp », des véhicules de propulsion
sous-marine, que j’ai fait parvenir à Andros sur un avion
privé. J’ai
voyagé avec un ami, Édouard Gaudeux, et une fois arrivés,
Brian, Édouard et moi avons entamé la planification de cette
plongée. Deux
collègues de Brian participaient aussi à cette aventure et ces
plongeurs de support aidant, Brian et moi avons rapidement accédé
à la caverne avec deux cylindres supplémentaires et les propulseurs.
Il était crucial d'agir au bon moment puisque
le « Blue Hole »
passe d’une source à un siphon. Au cours de la plongée, alors que
nous avions atteint une pénétration considérable,
j’ai découvert une dérivation qui nous a permis
d’éviter une restriction importante. Ceci nous a fait gagner
beaucoup de temps et de gaz, suffisamment pour atteindre la fin de la ligne installée par ce
plongeur anglais, Rob Palmer. Nous
avons donc pris un de nos moulinets, ajouté plus de 500 pieds de ligne que
nous avons cartographié au retour.
Pendant ce temps, à la surface, un fort vent
venant de l’ouest s’était levé renversant le courant
sortant plus tôt que nous l’avions calculé. Brian et moi étions toujours
à l’intérieur de la caverne lorsqu’elle s’est
mise à siphonner. Je suis arrivé le premier à ma bouteille de décompression et
j’ai remarqué que j’avais atteint mon dernier tiers, ce qui
ne m’était pas arrivé depuis longtemps. J’entendais Brian, mais je ne
pouvais pas le voir puisque le courant transportait les débris de la
surface dans la caverne. Je suis donc redescendu et j’ai retrouvé Brian luttant contre le courant
tout en traînant son équipement.
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Brian s’était
déjà séparer de son propulseur lorsque nous avons rampé, pouce par
pouce, les derniers 200 pieds qui nous séparaient de la sortie.
DP: N’y a-t-il pas eu un deuxième projet Wakulla?
P.H.: Bill Stone a commencé
à parler de Wakulla 2 lors d’une rencontre en 1995. Il projetait déjà y retourner
avec des recycleurs et des instruments électroniques de cartographie
(mapper). Le CIS-Lunar est
passé de la version Mk-4 à Mk-5 et en 1998 nous avons
commencé le projet. La
technologie des recycleurs nous permettait de tripler la distance parcourue et
c’est ce que nous avons fait. J’ai réalisé dans ce projet la plus longue
plongée avec le « mapper », le véhicule de
propulsion et le recycleur. Nous
avons parcouru 12,000 pieds et la profondeur maximale atteinte était
300 pieds et un temps de fond de 5 heures. Le temps de décompression total était de 15 heures dont 10
furent passées dans une chambre hyperbare.
DP: On vous attribue également la découverte du «Pit», une
caverne du Mexique dans le Yucatan. Pouvez-vous nous en parler un peu?
P.H.: Ça c’est toute une
histoire! J’ai plongé
le « Pit », dans le système de Dos Ojos, pour la
première fois en 1997. Un de
mes clients souhaitait ardemment faire une plongée profonde dans une
caverne mexicaine et le seul endroit pour faire cette plongée était le « Pit ». Il
finança donc l’expédition qui comprenait ânes et
sherpas pour transporter l’équipement. Nous nous sommes rendus à 230
pieds, où la ligne s’arrêtait et avons fait demi-tour. Avant la déco, je me suis permis
d’aller jeter un petit coup d’œil autour et j’ai
aperçu un gros tunnel qui s’en allait dans l’autre
direction. Jill et moi y sommes
retournés quelques jours plus tard en compagnie Kay et Gary Walton et nous
avons suivi ce gros tunnel jusqu’e dans une chambre immense. Je me suis rendu au fond lorsque
j’ai commencé à me sentir un peu étourdi, voire
narcosé. Je ne savais pas
trop pourquoi, mais quand j’ai regardé mon profondimètre,
j’ai réalisé que j’étais à 309 pieds et
que je plongeais à l’air. Nous venions de découvrir la caverne la plus profonde de l’état
de Quintana Roo.
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Il était temps de faire demi-tour. J’ai attaché la corde de mon moulinet et je suis sorti.
J’y serais bien
retourné le lendemain, mais, en 1997, il n’était pas facile de trouver du
trimix au Mexique. Deux jours plus tard, nous avons suivi la corde que nous avions installée. Cette fois-ci j’ai poussé
la plongée jusqu’au fond de la chambre et j’ai suivi un
petit passage qui menait à une deuxième chambre. Je suis descendu un peu et j’ai
regardé vers le haut. C’était immense et l’eau était bleue,
ça m’a rappelé le projet de Bill Stone, Wakulla, et
c’est ainsi que j’ai décidé de baptiser la
chambre. Nous avons fait demi-tour
en prenant le temps de relever le passage que nous venions d’explorer.
Jill et moi sommes retournés
plonger le «Pit» en 2000, cette fois nous avions
apporté les recycleurs. Bien
entendu, beaucoup de personnes l’avaient plongé depuis, des gars
comme Steve Boggard qui est probablement l’un des plongeurs les plus assidus
de ce site. D’après
eux, le système n’allait pas beaucoup plus loin que ce que nous
avions découvert. Ils avaient bien trouvé un petit passage d’une centaine de pieds, mais
c’était tout. Je n’étais pas convaincu et voulais aller constater cela
moi-même. Pour la première plongée, nous sommes simplement retournés
à la chambre Wakulla pour la cartographier. Pendant nos paliers de décompression, Jill a commencé à avoir des
malaises, mais elle ne m’en a pas parlé toute suite. À notre sortie de l’eau, il
était évident qu’elle était victime d’un
accident de décompression.
Pendant que Jill se faisait traiter
en chambre hyperbare, j’y suis retourné seul pour compléter
les relevés. Mon intuition me disait d’aller voir de près une paroi au fond de la chambre
Wakulla. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque j’ai trouvé un nouveau passage caché
derrière un gros rocher! Il fallait aller précisément à cet endroit pour voir le
passage. Évidemment, je l’ai suivi jusqu’à une troisième chambre et au fond
de cette dernière se trouvait un gros tunnel qui ne demandait
qu’à être exploré. Je n’y suis pas allé, le
temps de décompression était de 8 heures, il fallait que je
sorte. J’ai nommé cette
pièce «Jill’s chamber» et le tunnel
«Next Generation».
DP: Je me souviens d’avoir assisté à une présentation que
vous aviez donnée à Montréal sur une expédition en Antarctique. Pouvez-vous faire
bénéficier nos lecteurs de cette aventure?
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P.H.: Et s’en était toute
une. J’affectionne particulièrement me remémorer ce projet. Tout était totalement
nouveau : le froid, l’éloignement, les conditions
extrêmes. C’était
spectaculaire. Ce projet a commencé avec un
appel téléphonique du “National Geographic”
à mon ami et photographe Wes Skiles. Ce magazine voulait simplement qu’il
choisisse une destination pour une publication future. Wes avait entendu parler d’un
iceberg qui s’était détaché un mois plus tôt du
continent antarctique et qui dérivait lentement dans la mer de Ross. C’était l’occasion
rêvée d’aller l’étudier. Le B-15 était le plus gros
iceberg au monde avec une taille comparable à l’état du Connecticut. L’expédition était
menée par le Dr Greg Stone de l’aquarium de Nouvelle-Angleterre
et Wes Skiles. J’ai
été invité à me joindre à eux à
l’hiver 2001 en tant que plongeur, explorateur et caméraman.
L’aspect pénible du
voyage à été la traversée de la
Nouvelle-Zélande jusqu’en Antarctique. Je crois vous avoir déjà
mentionné que j’avais le mal de mer. Et bien j’ai été
servi. Nous avons navigué pendant plusieurs jours
sur la mer de Ross (Southern Ocean) avec des vagues allant jusqu’à 60 pieds, et ce même si nous
étions en janvier, en plein été arctique. Les seules
personnes qui ont été épargnées étaient le
capitaine du bateau et son fils.
Le bateau n’a jamais atteint le B-15. Les glaces étaient si denses
que nous ne pouvions plus avancer. Wes et le pilote ont pu quand même se rendre jusqu'au glacier après un voyage de 60 miles,
grâce à un petit hélicoptère que nous transportions à bord.
Nous avons cependant eu la chance
incroyable de trouver une petite baie tranquille et c’est à partir de cet endroit que nous avons plongé.
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Nous avons effectué en tout 12 plongées, mais celle qui est digne de mention est certainement la dernière, dans
la baie du Cape Hallett. Nous plongions sous un iceberg immobile qui reposait sur le fond par 135 pieds de profondeur.
Sous ce dernier, protégé des eaux tumultueuses de l’océan, nous avons découvert,
émerveillés, un merveilleux oasis de vie. Grâce à nos recycleurs qui nous
protégeaient du froid nous avons pénétré
jusqu’à 800 pieds lorsque nous nous sommes fait surprendre par un
fort courant. La marée avait
changé et nous nous sommes débattus contre ce terrible courant
pour sauver nos vies. Nous avons
plongé trois heures. Si nous
avions été en circuit ouvert, nous n’aurions plongé
à peine 40 minutes.
Et notre histoire avec cet iceberg n’est pas
terminée! Environ six heures
après notre sortie, pendant que nous dînions, nous avons entendu
comme une forte détonation. Une fois rendus sur le pont, nous avons pu constater que l'iceberg
s’était pulvérisé, brisé en mille morceaux
par nous ne savons pas par quoi, ou pourquoi. Cette expédition est
racontée dans le magazine du « National Geographic »
de décembre 2001.
Nous avons participé à une
deuxième expédition du « National Geographic »
en mars 2002. Cette fois, Wes Skiles nous amenait dans un
puits sacré des Mayas, près de Merida dans l’ouest du
Yucatan. L’édition d’octobre 2003 présente ce que
nous avons trouvé et filmé au fond de cette caverne.
DP: Vous avez également été
invité à participer à une autre expédition
comportant certains risques, la conquête de l’Océanos.
L’Océanos a
sombré le 3 août 1991, dans l’océan indien, au large
de « Hole in the Wall » en
Afrique du Sud entre East London et Durban. Les vents de 40 nœuds ainsi que la
houle de 30 pieds ont eu raison de ce paquebot mal entretenu. La difficulté technique pour plonger
cette épave vient de deux facteurs. Premièrement, la profondeur moyenne de l’épave se
situe autour de 280 pieds, ce qui nécessite une planification approfondie des paliers de
décompression. Deuxièmement, l’épave se situe en plein dans le
terrible courant d’Agulhas, le courant le plus fort du globe.
Nous avons préparé ces plongées
minutieusement, répétant à maintes reprises les
procédures d’urgences. En tout, nous avons fait trois plongées de préparation
pour nous familiariser avec les propulseurs, les bouteilles d’appoint
« stages », les recycleurs, etc. Nous ne plongions pas tous avec les
mêmes équipements, Barry plongeait avec un Buddy Inspiration,
Brett en circuit ouvert et moi avec un CIS-Lunar MK5P.
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Il était vital que
nous apprenions le fonctionnement des équipements de tous et chacun.
Au mois de mai, le courant d’Agulhas s’affaibli
considérablement et c’est pendant cette
période que nous avons essayé de plonger l’Océanos.
Notre première tentative état le 5 mai, il a fallu
attendre que les vents et les vagues se calment avant de pouvoir partir vers
l’épave, il était environ 12h30. Au cours de cette plongée, nous
avons fait le tour de l’épave, visité le pont, la proue, la
poupe, les lettres grecques qui forment le nom
« OKEANOS ». Nous repérions, bien sur, les
différents points de pénétration pour la plongée
prévue le lendemain. Nous avons totalisé 20 minutes de temps de fonds.
Mère nature n’était pas de la
partie et nous avons du attendre patiemment le surlendemain pour pouvoir
visiter l’épave de nouveau. Le 7 mai, l’océan était particulièrement
clément et le courant totalement absent. Nous sommes descendus sur l’épave
et avons effectué une pénétration de 210 pieds et avons
filmé notre progression au fur et à mesure que nous
avancions. Nous étions
particulièrement fiers d’avoir réussi deux plongées
parfaitement contrôlées sur cette épave que certains
qualifiaient d’impossible à plonger!
DP: Vous avez sûrement d’autres projets en cours!
P.H.: Il y en a plusieurs, je siège depuis quelques temps
sur le comité de formation de la NSS-CDS. Je participe aussi comme conseiller technique pour le CIS-LUNAR.
Éventuellement, j’aimerais
retourner plonger le « Pit »
dans le Yucatan et essayer à nouveau de trouver une connexion entre les
systèmes Dos Ojos et Nohoch. Il y a aussi la possibilité de
retourner sur l’Océanos.
DP: Merci beaucoup Paul pour avoir pris le temps de répondre à toutes nos questions.
Après 29 ans d’opération, Paul a vendu sa boutique de plongée de Hudson, Scuba West.
Il continue cependant d'être actif dans le domaine en enseignant, pour le magasin, des cours allant de la
plongée récréative en eau libre, nitrox avancé jusqu’au trimix en passant par le recycleur technique et
l'usage de propulseurs. Il donne aussi des cours complets de plongée en caverne. Il guide également plusieurs voyages
de plongée dans les « keys » floridiennes et dans les cavernes du Yucatan.
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M.D.
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