Note biographique >>>
La plongée sous-marine est une activité à risque faisant intervenir l'utilisation d'équipement de pointe nécessaire au soutien des fonctions vitales. Une formation appropriée auprès d'une agence de certification reconnue devrait être suivie par quiconque désire pratiquer cette activité.
Mise en garde
Imprimez cet article  >>>
L’expérience Pré-Continent
par Cédrik Coia

[page 1/2]

D’aucuns en conviendront, on ne peut parler de plongée sous-marine de manière régulière sans finir par évoquer Jacques-Yves Cousteau. Encensé par beaucoup pour avoir popularisé et démocratisé la plongée, certains le vilipendent en raison de la face cachée de la plupart de ses expéditions. En effet, bien que devenu le chantre de la préservation des habitats marins et de leurs occupants, il semblerait que les tournages de plusieurs de ses documentaires aient causé des tors aux sujets et aux milieux concernés. Quoiqu’il en soit, on ne peut nier à "Captain Planet" le droit à la reconnaissance pour l’ensemble de son œuvre. Cette balise chronologique sera donc consacrée à une de ses multiples expériences qui ont permis de repousser les limites de la plongée sous-marine, mais dont on a peu entendu parler. Il s’agit de Précontinent.

Précontinent était définitivement avant-gardiste. Répartie sur trois phases (bien que 6 étaient initialement prévues), l’expérience avait pour but d’étudier la physiologie et le comportement social des hommes lors de séjours prolongés à différents niveaux de saturation et dans des milieux confinés. Jusqu’à six "océanautes" ou "aquanautes" ont ainsi passé entre 7 et 30 jours dans des stations installées à des profondeurs allant de 12 à 110m en respirant différents gaz selon la profondeur et la nature de l’expérience.

Le projet a débuté en 1962 avec Précontinent I. Installée par 12m de fond en périphérie de l’Île Pomègues en face de Marseille, la station sous-marine accueillit Claude Wesly et Albert Falco pendant 10jours. Ce dernier baptisa d’ailleurs l’habitacle "Diogène" en l’honneur du philosophe grec. On y respirait un mélange azote-oxygène et l’horaire des journées était meublé de diverses sorties pour effectuer des expériences scientifiques tantôt reliées directement à la plongée sous-marine tantôt aux projets imposés ou commandés par les différents organismes subventionnaires.

Un an plus tard, l’équipe Cousteau installait un habitacle plus vaste à 11m sous la surface de la mer Rouge sur un affleurement du récif de Sha'ab Rumi, à 9 miles nautiques au large des côtes du Soudan. La structure était cette fois-ci en forme de dôme central dont émanaient trois branches quasi-cylindriques. Les 7 océanautes de Précontinent II y passèrent 30 jours en respirant un mélange 60% azote- 40% oxygène. Cependant 2 d’entre eux (Falco et Portelatine) passèrent 8 de ces jours dans un habitacle plus petit, installé à –26m où ils respiraient cette fois-ci un mélange hélium-oxygène. Lors de leur séjour plus profond, ces derniers effectuaient des plongées pouvant aller jusqu’à 110m de profondeur sans nécessiter de palier de décompression. Tout au long de l’expérience on remarqua que l’exposition prolongée à une pression partielle d'oxygène de 0.8 ATM (au niveau –11m) ralentissait la pousse des poils, mais qu’elle accélérait la guérison des blessures mineures. De plus, comme on fumait dans l’habitacle (si absurde que cela puisse paraître), on remarqua que les cigarettes se consumaient deux fois plus vite. Le concept de plongée à saturation fut définitivement démontré lorsque à la fin du séjour d’un mois, deux heures de décompression en respirant un mélange de 80% d'O2 et 20% de N2 suffirent pour assurer un retour sécuritaire des océanautes vers la surface.

Fait intéressant, de nombreuses structures sont restées en place suite à l’expérience. L’habitacle principal de Précontinent II a été récupéré, mais la remise de la soucoupe-plongeante et les cages à requins ont été laissées en place ainsi que plusieurs câbles et autres débris divers. Certaines agences organisent même des croisières de plongée au cours desquelles on peut aller visiter les vestiges de cette cité fantôme.


[page 2/2]

Deux ans s’écouleront entre Précontinent II et III, mais certes, la dernière expérience est sans doute la plus audacieuse. Ainsi au cours de l’année 1965, 6 autres océanautes (dont Philippe Cousteau le fils aîné de Jacques-Yves et André Laban anciennement directeur de l’office Français de recherches sous-marines) passeront 3 semaines à –110m dans un habitacle de 140tonnes installé au large de Nice à St Jean Cap Ferrat. Cette fois-ci, compte tenu la profondeur, on a adopté une architecture sphérique pour la partie principale de l’habitacle et on y respire un mélange constitué de 98% d’hélium et 2% d’oxygène. Ce gaz sera remplacé par un mélange triple d’hélium, d'hydrogène et d'oxygène lors de travaux effectués à –120m. Avant l’immersion initiale, les aquanautes ont du respirer de l’oxygène pur pendant une période suffisamment longue pour éliminer toute trace d’azote de leur système, évitant ainsi tout effet narcotique indésirable à grande profondeur. Leur corps ne reverrait plus une trace d’azote au cours des 27 jours suivants. Suite à leur dernière bouffée d’oxygène, les aquanautes sont descendus en apnée jusqu’à une cloche située à –5m. De là, la cloche a été descendue à –110m où se trouvait l’entrée de l’habitacle.

Malgré le franc succès de l’opération Précontinent III (l’équipe d’aquanautes ayant notamment simulé la réparation d’une tête d’extraction pétrolière en un temps record), Cousteau ne parviendra pas à trouver le financement nécessaire à la continuation du projet.

Bien qu’une bonne partie des 2M$ US requis chaque année (pour combler les besoins logistiques et entretenir les équipes techniques de quelque 150-190 membres) était fournie par les subventions de la société "National Geographic", la participation du gouvernement français et des compagnies pétrolières demeurait indispensable. Cependant, bien qu’impressionnées par les prouesses techniques réalisées durant les trois phases de Précontinent, ces dernières ont préféré ré-orienter leur financement vers la recherche sur les engins robotisés. On en restera donc à Précontinent III alors que le projet initial prévoyait un Précontinent VI au cours duquel on devait installer une station à –200m.

1965-66 sera donc un point tournant de la carrière du commandant Cousteau qui, suite à ce revers, se détournera tranquillement de la recherche scientifique appliquée à la physiologie de la plongée pour se diriger vers la cinématographie et l’océanographie. Il laissera quand même derrière lui un héritage scientifique mais également commercial. L’expérience Précontinent se nommait "Continental Shelf Station" en anglais, expression qui a été abrégée pour donner "Conshelf". Ainsi, la compagnie US Divers commercialisera le modèle de détendeur  Aqua Lung "Conshelf" vers la fin des années 70 et le début des années 80, un modèle qui est resté très longtemps sur le marché en raison de son design éprouvé.




Source: www.beyondmagazine.co.uk
www.sub-cero.com
www.deep-turtle.com
www.chez.com/jno/cousteau
www.diplomatie.gouv.fr
www.asteries.be
www.amv-voyages.fr
 C.C.


Si vous voulez nous faire parvenir des commentaires concernant cet article ou bien désirez communiquer avec l’un de nos collaborateurs contactez nous au commentaires@decompresse.org
 
  Équipe de rédaction
  Nos collaborateurs
  Vous voulez collaborer?
  Nous contacter


  En couverture
  Sommaire
  Éditorial
  Intervalle de sures farces
      par Martin Dupuis
  Entrevue & portrait
  Récit de voyage & exploration
  Technique et technologique
  Physiologie et psychologie
  Métiers et professions
  Livresque des profondeurs
  Balise chronologique
  Forums

  Archives

  DécomPresse © Publications 1092.4 / 2007